vendredi 11 novembre 2011

LE DESSIN DE CONTOUR PUR

Avant de commencer : Assurez-vous que vous ne serez pas dérangé pendant au moins 20 mn. Fixez une feuille A4 sur la table avec du ruban adhésif. Vous allez dessiner votre propre main — votre main gauche si vous êtes droitier, votre main droite si vous êtes gaucher. Arrangez-vous pour que la main qui tient le crayon soit prête à dessiner sur le papier fixé sur la table. Tournez carrément la tête dans la direction opposée, fixant des yeux la main que vous dessinez. Prenez garde que votre main repose sur un support pour garder assez longtemps cette position.
Vous dessinerez sans pouvoir regarder ce que vous dessinez.
Il est indispensable de tourner la tête pour respecter l’objectif de cet exercice : premièrement, pour vous concentrer entièrement sur les informations visuelles qui se trouvent là devant vous.
Deuxièmement, pour ne pas se laisser influencer par le dessin, ce qui pourrait faire resurgir vos anciens schémas symboliques mémorisés depuis l’enfance, au cas particulier , «la manière de dessiner une main».
Vous devez dessiner ce que vous voyez (mode-D, perception globale) et non ce que vous savez (mode-G, fonctionnement symbolique).
Il faut détourner complètement la tête parce que la tentation de regarder le dessin est presque irrésistible au début.

Une fois la tête tournée, fixez sur un point du contour de votre main. Aumême moment, placez la pointe du crayon sur la feuille. Très lentement, millimètre par millimètre, déplacez votre regard le long du contour de votre main, observant chaque variation infime, chaque ondulation de la ligne. A mesure que vos yeux progressent, déplacez la pointe de votre crayon au même rythme, en reproduisant chaque modification, chaque variation infime du contour que vous observez.
Prenez conscience que l’information projetée par l’objet observé (votre main) est perçue exactement et dans les moindres détails par vos yeux et reproduite simultanément par votre crayon qui enregistre tout ce que vous voyez au moment où sous le voyez. Ne vous retournez pas pour regarder votre feuille. Observant votre main, dessinez progressivement ce que vous voyez. Vos yeux percevront successivement les changements de configuration du contour et votre crayon les reproduira au même rythme. Vous prendrez conscience des rapports entre le contour que vous dessinez et la configuration entière des contours complexes de votre main. Vous pouvez dessiner les contours intérieurs ou les contours extérieurs en premier ou passer de l’un à l’autre. Ne vous préoccupez pas de savoir si le dessin ressemblera à votre main. Il est probable que non étant donné que vous ne pouvez pas vérifier les proportions, etc.
En limitant votre perception à de petits fragments successifs, vous apprendrez à voir les choses exactement telles qu’elles sont, à la manière de l’artiste.
Le mouvement du crayon doit reproduire exactement le mouvement de l’oeil.L’un ou l’autre tentera peut-être d’accélérer, mais ne le laissez pas faire. Vous devez reproduire chaque détail à l’instant où vous voyez chaque point du contour. N’interrompez pas votre dessin et poursuivez à un rythme lent et régulier. Au début vous vous sentirez maladroit ou mal à l’aise. Cette perturbation se produit au moment où le cerveau gauche s’aperçoit que le dessin de contour pur défie dangereusement sa supériorité. Il se rend compte que si vous devez reproduire l’enchevêtrement complexe des contours de votre main, à la lenteur avec laquelle vous dessinez, le cerveau droit va dominer encore pendant un long moment. Effectivement, le cerveau gauche réagit : « Cesse ce jeu stupide immédiatement. Il n’est pas nécessaire de regarder les choses d’aussi près. J’ai déjà nommé chaque détail pour toi, même les plus petits, comme les rides.Montre-toi donc raisonnable et occupons-nous de quelque chose de moins ennuyeux — sinon je te donne la migraine ». Ignorez ces protestations et poursuivez. A mesure que vous dessinerez, les récriminations du cerveau gauche fléchiront et votre esprit s’apaisera. Vous serez bientôt fasciné par la complexité merveilleuse de l’objet que vous voyez et vous sentirez que vous pouvez aller toujours plus loin dans cette complexité. Laissez-vous mener. Il n’y a rien à craindre, rien qui puisse vous embarrasser. Votre dessin sera la reproduction merveilleuse de vos perceptions profondes. Il nous importe peu que votre dessin ressemble ou non à une main. Nous voulons une matérialisation de vos perceptions. Après avoir terminé : Essayez de vous rappeler ce que vous ressentiez en commençant le dessin de contour pur, en comparant cette sensation avec ce que vous avez ressenti plus tard, une fois plongé profondément dans le dessin. Comment vous sentiez-vous à ce stade plus avancé ? Avez-vous perdu la notion du temps qui passe ? Comme Max Ernst, vous êtes-vous pris de passion pour ce que vous voyiez ? Quand vous retournerez à cet état mental particulier, le reconnaîtrez-vous ? Le dessin de contour pur est l’exercice qui permet la conversion la plus radicale vers le mode-D et le voyage le plus parfait au coeur de cet état de conscience particulier. Coupé du dessin — et par là des données visuelles qui permettent d’identifier, de symboliser et de classifier — forcé de se concentrer sur ce qu’il considère comme une pléthore d’informations, le cerveau gauche passe le relais au cerveau droit. La lenteur du dessin maintient le cerveau gauche au point mort. Le dessin de contour pur est un moyen tellement efficace pour produire cette conversion que bon nombre d’artistes ont coutume de se mettre au travail en commençant par une brève séance de ce genre d’exercices, afin de déclencher le processus qui les mènera à débrancher le mode-G. Vous vous apercevez que le cerveau gauche permettra progressivement que s’accomplisse la conversion. Gardez-vous cependant de laisser votre cerveau gauche ridiculiser votre dessin de contour pur, en émettant des remarques sévères et en annulant ainsi le profit que vous en auriez tiré. Notre but n’était pas de réaliser un dessin ressemblant. Bientôt tous vos acquis s’additionneront et vous dessinerez mieux que jamais aupauparavant.